80 épisodes
IA : comment arbitrer entre performance et autonomie ? - Dominique Luzeaux et Maxime Vertuaux
02/11/2026 | 58 minQue reste-t-il de la capacité d’une organisation à décider quand ses processus les plus critiques reposent sur des technologies qu’elle ne maîtrise pas, ou peu ? À l’heure où l’IA entre au cœur des organisations, la question devient urgente.
Dans cet épisode, je reçois l’Ingénieur Général de l’Armement (IGA) Dominique Luzeaux, en charge de la transformation numérique de l’OTAN après avoir été Directeur de l’Agence Numérique de Défense (AND) au sein du ministère des Armées. Et Maxime Vertuaux, associé Aérospatial, Sécurité & Défense, expert en Digital, Data & IA chez Eurogroup Consulting.
On revient sur ce que Dominique appelle l’autonomie stratégique : la capacité à percevoir sa situation, à décider et à agir. À l’OTAN, 32 nations, c’est 32 législations et 32 conceptions de la souveraineté. Mais un point commun s’impose : être souverain ne veut pas dire tout produire soi-même, c’est savoir de qui l’on dépend, pour quelles fonctions, avec quelles conséquences.
On parle de réversibilité et de ce qu’elle exige au-delà de la technologie : des compétences. Quand la majorité de vos techniciens maîtrisent une seule technologie, vous n’en changez pas du jour au lendemain. Dominique l’a vécu avec VMware et beaucoup d’organisations se sont retrouvées bloquées quand Broadcom, après son rachat, a fait exploser les tarifs.
On aborde aussi les arbitrages concrets entre performance, coût et autonomie. Maxime explique pourquoi recourir à une IA étrangère peut être un choix pertinent, et pourquoi un service critique peut justifier un surcoût pour garder la main. Il rappelle aussi que seule la pointe de la pyramide des données, les savoirs propres à l’entreprise, exige une protection maximale. Dominique met en garde contre une illusion : l’open source n’est pas l’indépendance quand on n’a ni les compétences ni la gouvernance pour le maintenir.
On termine sur l’Europe dont le retard n’est pas une fatalité mais la réponse suppose une volonté politique qui dure, un investissement public capable d’entraîner le privé, et de viser la décennie.
Références
Où trouver Dominique et Maxime
• LinkedIn Dominique : https://www.linkedin.com/in/dominique-luzeaux-1aa0245/
• LinkedIn Maxime : https://www.linkedin.com/in/maximevertuaux/
Get full access to Les dessous de l'IA at www.ldia.eu/subscribe- L’industrie est-elle devenue trop complexe pour être pilotée par des humains seuls ?
Supply chains mondialisées, effets en cascade, incertitudes géopolitiques : à force de coupler tout avec tout, nous avons fabriqué des systèmes que plus personne ne parvient à comprendre entièrement.
Dans cet épisode, je reçois Michel Morvan, fondateur de Cosmo Tech et président de l’IRT SystemX. Mathématicien et informaticien, il a enseigné à l’ENS de Lyon, à l’EHESS et au Santa Fe Institute, la Mecque des systèmes complexes. Il a ensuite été directeur scientifique de Veolia, puis a créé une entreprise qui modélise et simule ces systèmes pour aider les industriels à décider.
On revient sur ce qu’il appelle l’IA simulation et sur les jumeaux numériques, à travers des cas concrets. Le premier est celui de RTE, qui fonde ses décisions de maintenance et de renouvellement sur une réplique numérique de tout son réseau : un million d’équipements, quatre millions d’interactions et des investissements de plusieurs centaines de millions d’euros. Le second est celui de Michelin, où des dizaines de milliers de simulations ont produit une organisation du sourcing que les experts eux-mêmes n’auraient jamais imaginée, avec 5 % de profit en plus sur la zone.
Michel rappelle tout de même une limite : un modèle est “toujours faux”, ce qui ne l’empêche pas d’être utile. Ce qui crée la confiance, c’est que ces outils sont explicables et construits avec les experts métier.
On s’intéresse aussi à la « forêt de bonsaïs », l’expression de Nicolas Dufourcq pour désigner ces preuves de concept qui ne passent jamais à l’échelle. Pour Michel, l’IA est restée à la périphérie de l’industrie parce qu’on a confié à des outils fondés sur les données des problèmes où le futur ne ressemble pas au passé, dans des systèmes qui n’ont, de toute façon, qu’un seul passé.
On termine sur l’enjeu de souveraineté. Alors que les capitaux affluent vers les data centers et la course au gigantisme, il plaide pour que l’Europe investisse dès maintenant dans une IA qui parle du monde réel, en s’appuyant sur ses forces en mathématiques et en modélisation.
Références
Où trouver Michel :
• LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/michelmorvan/
• Cosmo Tech : https://cosmotech.com/
Get full access to Les dessous de l'IA at www.ldia.eu/subscribe Le travail, cette boîte noire que l’IA rouvre - François-Xavier Petit et Nicolas Bartel
26/08/2026 | 1 h 3 minIl y a trois ans et demi, sortait ChatGPT. On nous promettait une vague massive de destructions d’emplois. Elle n’a pas eu lieu. Et rien ne permet aujourd’hui de dire qu’elle aura lieu.
Mais un bouleversement est bien en cours. Moins sur le nombre d’emplois que sur la réalité du travail elle-même.
Dans cet épisode, je reçois François-Xavier Petit, historien et anthropologue, qui dirige l’Institut Matrice, et Nicolas Bartel, associé chez Eurogroup Consulting, en charge du Capital Humain.
Avec eux, je questionne l’impact de l’IA sur les métiers et les compétences. Et ce que l’on observe tient plus du grand déplacement que du grand remplacement : des tâches, des compétences et des niveaux de qualification, avec des écarts parfois difficiles à combler. Un cariste ne devient pas data scientist du jour au lendemain. Et quand un avocat renonce à ses stagiaires parce que « ChatGPT lui suffit », il oublie que le junior d’aujourd’hui est le senior de demain.
On s’interroge aussi sur ce qui fait encore la valeur du travail lorsque la machine produit le livrable en quelques secondes.
On termine cet épisode sur l’impact de l’IA à plus long terme sur l’expertise et le goût de l’effort. On devient professionnel en accumulant de l’expérience, en affrontant la difficulté et en développant des savoir-faire. En nous épargnant systématiquement cet effort, l’IA risque de nous priver d’une partie de ce qui nous permet de devenir et de rester de bons professionnels.
Références
Où trouver Nicolas et François-Xavier
• LinkedIn Nicolas : https://www.linkedin.com/in/nicolas-bartel-93441337/
• LinkedIn François-Xavier : https://www.linkedin.com/in/fran%C3%A7ois-xavier-petit-32994373/
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Dans cet épisode
On a longtemps moqué les plans quinquennaux de la Chine, et cru qu’un régime autoritaire ne pouvait pas vraiment innover. Pourtant, depuis 2021, elle forme plus de docteurs que les États-Unis et la majorité des robots humanoïdes vendus dans le monde sortent de ses usines. Et si, pendant qu’on regardait ailleurs, la Chine avait changé les règles du jeu technologique ?
Dans cet épisode, je reçois Camille Brugier, chercheuse et spécialiste du système d’innovation chinois.
On revient sur la stratégie chinoise : non pas être la première à inventer la technologie de rupture mais diffuser l’IA dans toute son économie, plus vite que tout le monde. C’est ainsi, dit-elle, qu’elle compte devenir la première puissance mondiale.
On aborde aussi les vecteurs de cette diffusion. L’open source, d’abord : pour la Chine, pas un geste d’ouverture mais un levier, plus une IA est adoptable, plus elle crée de la dépendance et fait transiter des données. La logique que Camille résume ainsi : se départir de ses propres dépendances tout en en créant chez les autres. Le robot humanoïde ensuite, pensé pour combler le déficit démographique, mais aussi pour remplacer à terme les machines-outils que l’Europe et les États-Unis exportent au monde.
On évoque aussi la main de la Chine sur les métaux critiques, sans lesquels une large part de l’industrie européenne s’arrête. Et les questions que posent le déploiement massif d’une IA qui parle à nos citoyens et leur souffle une vision du monde qui n’est pas la nôtre.
Références
Où trouver Camille :
• LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/camille-brugier-chine/
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Dans cet épisode
L’IA accélère massivement la production. Des dossiers qui prenaient des semaines se bouclent en quelques heures. Mais la prise de décision, elle, n’a pas accéléré. Ce déséquilibre ne crée pas un problème nouveau mais révèle un goulot d’étranglement que les organisations portaient déjà, masqué jusqu’ici par le temps nécessaire pour produire les dossiers.
Pour ce troisième épisode de la Collection Particulière avec Eurogroup Consulting, je reçois Jean-Baptiste Annat, associé du cabinet, spécialiste de la transformation managériale et des nouveaux modes de travail et Éric Salobir, président de la Human Technology Foundation et conseiller du Vatican sur les questions d’intelligence artificielle, qui a notamment contribué à l’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV.
On aborde ce paradoxe de la vitesse et de ce qu’il implique pour les dirigeants : quand les équipes produisent plus vite que l’organisation ne peut décider, c’est tout le système de délégation et de pilotage qu’il faut repenser. Jean-Baptiste y voit l’obligation pour les dirigeants de construire des systèmes de décision aussi agiles que leurs capacités de production sont devenues rapides.
On revient sur l’écart entre travail prescrit et travail réel, un angle que les deux invités considèrent comme un angle mort des stratégies de déploiement. Éric rappelle que les collaborateurs ont toujours trouvé des raccourcis, des façons différentes de travailler et que ceux qui mettent en place l’IA ne le savent pas forcément. Une réalité que la montée du shadow AI, notamment chez les cadres, rend aujourd’hui difficile à ignorer.
On aborde l’impact de l’IA agentique sur le travail et la coalition lancée par la Human Technology Foundation à VivaTech pour anticiper ces transformations. Éric compare la gestion d’agents IA à une garderie où il y a toujours un enfant qui fait ce qu’il ne devrait pas faire et pose la question d’un droit à l’opposition à l’IA et d’un droit à l’erreur, sans lesquels l’humain finira par devenir une simple chambre d’enregistrement.
On s’intéresse aussi à la recomposition du middle management, dont le rôle historique de relais d’information et de gardien de l’expertise est remis en cause. Jean-Baptiste propose deux figures émergentes : le manager de transmission, garant de la culture et de la mémoire de l’organisation et l’intégrateur de transformation, chargé d’articuler les mutations technologiques, organisationnelles et humaines. Ce qui était considéré comme des soft skills,l’esprit critique, la créativité, le jugement, la coopération, devient selon lui de l’ordre des compétences stratégiques.
On termine sur ce que l’encyclique Magnifica Humanitas appelle la tentation de Babel : une uniformisation technique qui efface les singularités. Éric évoque l’image du mur de pierre sèche, où chaque pierre arrive telle qu’elle est et où c’est la créativité de l’assemblage qui fait la solidité de l’ensemble.
Une façon de rappeler que la singularité culturelle d’une organisation n’est pas un résidu à optimiser mais un actif à protéger.
Références
Où trouver les intervenants :
* Linkedin Eric Salobir https://www.linkedin.com/in/ericsalobir/
* Linkedin Jean-Baptiste Annat https://www.linkedin.com/in/annat-jean-baptiste-8203435a/
* Site Human technology foundation https://www.human-technology-foundation.org/
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