Un visage, la nuit, sur l'écran d'un téléphone. Une voix grave, des mots tendres, un chirurgien qui parle d'opérations qu'elle connaît par cœur. Yzabel Dzisky le voit, l'entend, le présente à ses amis. Elle tombe amoureuse. Elle ne sait pas encore qu'elle n'aime personne.
Cet homme n'existe pas. Son visage a été emprunté, puis animé par une intelligence artificielle. C'est un deepfake : une manipulation si fine que l'œil n'y voit rien. Derrière l'écran, ni neurochirurgien, ni histoire d'amour. Une arnaque sentimentale, méthodique, montée à la chaîne par un brouteur.
Mais « Deepfake, mon amour » (Flammarion) ne s'arrête pas au piège. Le livre interroge ce qui, en nous, accepte d'y croire.
Yzabel a passé des années à lire le bluff, autour des tables de poker. Elle repère le mensonge des autres. Et pourtant. Les coïncidences s'accumulent. Un prénom. Un chien. Une vie qui ressemble trop à la sienne. Chaque coïncidence ferme un peu plus la porte au doute. Le cerveau se divise. Une moitié sait. L'autre veut encore y croire.
C'est là que se joue l'épisode. Pas dans la technologie, dans le désir. Le besoin d'être aimé, la solitude qui rend crédule, l'appétit pour les signes. La manipulation ne commence pas avec un écran truqué. Elle commence avec ce qu'on a envie d'entendre.
Et puis vient l'argent. Le red flag que tout le monde connaît, et que personne ne voit quand c'est son tour. La cassure. Le moment où il faut choisir : garder l'illusion intacte, ou aller chercher la vérité, quitte à la payer cher. Yzabel a choisi la vérité. Jusqu'au bout. Ce qu'elle y a trouvé dépasse de loin ce qu'elle était venue chercher. Mais ça, c'est le livre qui le raconte.
Au micro d'Elsa Wolinski, elle revient sur une emprise d'un genre nouveau. Sans pervers, sans manipulateur. Un visage emprunté, une machine, et tout un monde intérieur qui s'effondre. Sur ce qu'il reste de soi quand on a aimé une ombre. Sur la façon dont on se relève d'une manipulation qui n'aura visé qu'une chose : notre propre besoin d'amour.
Une conversation sur la frontière, chaque jour plus mince, entre le vrai et le fabriqué. Et sur la question que l'intelligence artificielle pose désormais à chacun : à quoi reconnaît-on encore ce qui est vrai ?
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